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https://www.poppins.io/blog/dyslexie-et-autisme-comprendre-les-doubles-profils-chez-lenfant

Manuella Georget
31
/
07
/
2026
Temps de lecture : x mn

Découvrez les interactions entre dyslexie et autisme, et comment ces troubles peuvent coexister et influencer les apprentissages.
Les troubles du neurodéveloppement coexistent fréquemment entre eux. Ces comorbidités concernent près de 40 % des enfants et des adultes touchés. On pense souvent à la combinaison d’une dyslexie avec une dysorthographie, un TDAH ou une dyspraxie. En revanche, le lien entre la dyslexie et l’autisme est moins connu. Pourtant, certains enfants présentent ces deux profils à la fois, avec des manifestations parfois difficiles à repérer. Les particularités du TSA peuvent masquer certaines difficultés liées à la lecture, tandis que les troubles du langage écrit peuvent compliquer l’identification de certains signes de l’autisme. Ce double profil nécessite généralement des adaptations spécifiques, à l’école comme dans l’accompagnement thérapeutique de l’enfant.
La dyslexie et le trouble du spectre de l’autisme (TSA) sont deux troubles du neurodéveloppement distincts qui n’affectent pas les mêmes fonctions. Et les comorbidités sont fréquentes dans l’autisme : selon le DSM-5, près de 70 % des personnes autistes présentent au moins un trouble associé. Lorsqu’une dyslexie et un TSA coexistent chez un même enfant, leurs manifestations peuvent se chevaucher ou se masquer mutuellement, ce qui complique leur repérage et leur accompagnement.
Les troubles du neurodéveloppement (TND) affectent le développement du cerveau dès l’enfance. Ils peuvent concerner le langage, les interactions sociales, l’attention, les apprentissages, la motricité ou encore certaines fonctions sensorielles. Présents dès les premières années de vie, ils persistent à l’âge adulte et ont des répercussions importantes dans la vie quotidienne, à l’école, dans les relations sociales ou au travail.
La dyslexie perturbe l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Elle concerne 6 à 8 % de la population. Un enfant dyslexique rencontre notamment des difficultés dans le traitement des sons du langage et dans l’association entre les lettres et les sons. Il n’automatise pas les apprentissages et fournit des efforts considérables pour lire et écrire. En classe, sa lecture est lente et hachée. Il confond des sons et des lettres et parvient difficilement à comprendre ce qu’il lit. Il se fatigue rapidement et perd confiance dans ses compétences.
L’autisme touche la communication socio-émotionnelle, c’est-à-dire la capacité à exprimer ou percevoir des émotions et à entrer en relation avec l’autre. On retrouve également des comportements ou des intérêts restreints et répétitifs. Le TSA concerne environ 1 % de la population. On ne parle quasiment plus d’autisme, mais plutôt de trouble du spectre de l’autisme pour rendre compte de la diversité et de la variété de ses expressions.
La comorbidité et l’héritabilité occupent une place importante dans les troubles du neurodéveloppement. On estime qu’environ 40 % des personnes concernées présentent plusieurs troubles associés. Par ailleurs, dans 40 à 60 % des cas, des antécédents familiaux sont retrouvés chez un parent ou un membre de la fratrie.
La dyslexie et l’autisme peuvent coexister sans que l’un soit la cause de l’autre. Pour comprendre cette association, les chercheurs explorent les mécanismes neurodéveloppementaux liés au traitement du rythme de la parole. Dans Le Cerveau et les maux de la parole, la neuroscientifique Anne-Lise Giraud aborde ce sujet. Elle montre que ces deux troubles impliquent des anomalies dans la façon dont le cerveau découpe les sons, mais à des niveaux différents.
Dans l’autisme, on observe un déficit de la cadence syllabique, le cerveau peinant à se synchroniser sur le rythme des syllabes. À l’inverse, dans la dyslexie, le suivi syllabique est préservé, mais l’anomalie frappe le découpage plus fin et plus rapide des phonèmes (les sons). Si le mécanisme exact diffère, ces altérations du décodage neuronal de la parole montrent la complexité et les racines neurologiques communes dans les TND.
Une autre particularité est le masquage mutuel des troubles du neurodéveloppement. En effet, chacun peut accentuer ou diminuer les manifestations de l’autre, ce qui complique autant le repérage que le diagnostic. L’enfant compense énormément ses difficultés, ce qui brouille la lecture clinique.
Des traits autistiques peuvent passer inaperçus ou, à l’inverse, l’apprentissage plus lent de la lecture est attribué à tort au TSA. En pratique, un enfant qui cumule une dyslexie et un autisme a souvent un diagnostic tardif, voire incomplet, parce que l’un prend le pas sur l’autre. En conséquence, l’accompagnement proposé est fréquemment monotrouble, et donc inadapté à l’enfant et à ses spécificités.
Il n’y a pas de profil type, mais des profils atypiques avec des expressions variées de la dyslexie et de l’autisme. Sans vouloir être exhaustives, certaines manifestations peuvent attirer l’attention, comme :
Ces quelques repères ne suffisent pas à couvrir toute la diversité de ces profils. La société, les films ou la littérature donnent généralement une image stéréotypée. Il y aurait le dyslexique qui confond les b et d, et l’autiste déficient cognitif, replié sur lui-même ou celui qui fait preuve d’une intelligence hors norme. Ces représentations ne sont pas totalement fausses, mais elles restent partielles. Elles donnent l’illusion qu’il existerait un profil type de la dyslexie ou de l’autisme. En réalité, chaque enfant présente une combinaison unique de forces, de difficultés et de stratégies de compensation.
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Lorsque la dyslexie et l’autisme coexistent, un accompagnement centré sur une seule dimension du fonctionnement de l’enfant risque de laisser de côté une partie de ses besoins. Les adaptations proposées doivent donc tenir compte de l’ensemble de son fonctionnement, qu’il s’agisse des apprentissages, de la communication, des interactions sociales ou des particularités sensorielles.
Nous l’avons vu, il est fréquent qu’un trouble prenne le pas sur l’autre. C’est souvent l’intensité des manifestations qui concentre l’attention sur une difficulté en particulier. Si la lecture est particulièrement coûteuse, tous les signaux du TSA seront mis de côté au profit d’une prise en charge orthophonique de la dyslexie. À l’inverse, lorsque les difficultés relationnelles occupent le devant de la scène, la dyslexie peut être reléguée au second plan, voire considérée comme une conséquence indirecte du TSA.
C’est pourquoi une lecture fine des difficultés de l’enfant, à l’école comme à la maison, est importante. Elle permet de distinguer ce qui relève du langage écrit, des particularités sensorielles, de la communication sociale ou encore des fonctions exécutives.
Une fois les troubles repérés et diagnostiqués, le suivi thérapeutique doit répondre aux spécificités de chaque enfant. Dans le cas d’une dyslexie associée à un trouble du spectre de l’autisme, les objectifs de rééducation restent les mêmes, mais les conditions de mise en œuvre peuvent être différentes.
Par exemple, un enfant peut avoir besoin d’une organisation très prévisible des séances, d’un temps d’adaptation plus important face à une nouvelle activité ou d’un environnement limitant certaines sollicitations sensorielles. Les interactions avec le thérapeute, la gestion des émotions ou les changements de routine peuvent également influencer son engagement dans les apprentissages.
L’enjeu n’est donc pas seulement de travailler les difficultés de lecture et d’écriture. Il est nécessaire de considérer le fonctionnement social, émotionnel et sensoriel de l’enfant dans toutes les étapes de son parcours de santé.
Qui dit suivi thérapeutique global dit équipe pluridisciplinaire. Un double profil dyslexique et autistique met en relation plusieurs professionnels :
Certains établissements pluridisciplinaires proposent des plateaux techniques particulièrement adaptés aux enfants présentant plusieurs troubles du neurodéveloppement. C’est le cas notamment des structures d’accompagnement des TND :
Plus les difficultés sont identifiées tôt, plus les adaptations peuvent être mises en place rapidement. Dans les profils associant dyslexie et TSA, ce repérage précoce est particulièrement important, car il limite le risque de voir un trouble masquer l’autre pendant plusieurs années. Il permet à l’enfant de mieux comprendre son fonctionnement et de mettre en place des stratégies efficaces pour :
Le repérage précoce aide l’enfant, mais aussi ses parents et l’équipe éducative. L’accompagnement permet ainsi de mettre en place des stratégies cohérentes qui tiennent compte à la fois des difficultés liées à la lecture, aux interactions sociales et au fonctionnement émotionnel de l’enfant.
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Le repérage des difficultés n’est qu’une première étape. À l’école, à la maison ou dans les soins, certains aménagements peuvent réduire la charge cognitive, favoriser les apprentissages et sécuriser le quotidien. Ici aussi, l’objectif n’est pas de répondre séparément à chaque trouble, mais de construire un environnement cohérent.
En classe, l’objectif n’est pas seulement de compenser les difficultés de lecture. Les aménagements doivent également prendre en compte les particularités associées au TSA afin de favoriser les apprentissages dans un cadre sécurisant. Les équipes éducatives permettent de définir les aménagements les plus pertinents avec :
Lorsqu’une reconnaissance de handicap est accordée pour la dyslexie et le TSA, c’est le plan personnalisé de scolarisation (PPS) qui réunit tous les aménagements nécessaires.
La maison est souvent une zone refuge pour les enfants neuroatypiques. Ils y ont leurs habitudes, leurs repères avec moins de sollicitations. Néanmoins, les attentes des parents sur les résultats scolaires, les regards extérieurs, le rythme imposé par les suivis thérapeutiques impactent l’équilibre familial.
Les devoirs du soir deviennent des sources de tension entre l’enfant et les parents. Les rendez-vous chez les spécialistes ou encore l’attente parfois interminable avant une rééducation ou une demande de reconnaissance de handicap épuisent. Pour limiter cette accumulation de tensions, des mesures simples peuvent faciliter le quotidien avec :
Eh bien entendu, les moments de détente et de loisir restent essentiels. Les difficultés liées aux troubles du neurodéveloppement peuvent concentrer l’attention sur les prises en charge, les demandes administratives et les attentes interminables. Aussi, les sorties en famille ou les activités partagées, comme la cuisine, le bricolage créatif, les histoires lues ensemble sont des instants privilégiés. Ils prennent soin de la relation entre chaque membre.
Nous l’avons vu précédemment, la prise en charge d’un enfant avec un double profil de dyslexie et d’autisme nécessite une équipe pluridisciplinaire. La coordination entre les différents professionnels permet d’ajuster régulièrement les objectifs et les aménagements aux besoins de l’enfant.
Pour préserver sa motivation, il peut arriver que le suivi se concentre dans un premier temps sur un seul aspect de l’accompagnement. Les objectifs thérapeutiques restent toujours réalistes pour limiter la fatigue et éviter l’accumulation de méthodes et d’outils.
La guidance parentale pour les TND peut aussi être un soutien précieux pour les familles. Elle aide les parents à mieux comprendre le fonctionnement de leur enfant, à développer des stratégies éducatives qui répondent à ses besoins. Recommandée par la Haute Autorité de santé (HAS), elle s’appuie notamment sur la psychoéducation et des programmes d’entraînement aux habiletés parentales.
Cette approche contribue à renforcer l’autonomie de l’enfant, sa confiance en lui et le sentiment de compétence des parents. Elle est souvent dispensée au sein des structures spécialisées dans l’accompagnement des troubles du neurodéveloppement. Pour aller plus loin, la délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les TND met également à disposition un guide destiné aux familles et aux professionnels.
La dyslexie et le trouble du spectre de l’autisme peuvent coexister chez un même enfant, avec des manifestations parfois difficiles à repérer. L’un des deux peut alors masquer l’autre et compliquer le diagnostic comme la mise en place d’aides adaptées. Au-delà des difficultés de lecture ou des interactions sociales, ces troubles influencent son rapport aux apprentissages, à l’autre et à lui-même. Aucun profil type n’existe. C’est pourquoi un repérage précoce avec une attention portée aux signaux faibles est important. La coordination du parcours de soins et de la scolarité permet ensuite de mieux répondre aux besoins particuliers de l’enfant et de soutenir son développement.