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https://www.poppins.io/blog/dyslexie-et-fratrie-preserver-lequilibre-familial-entre-les-enfants

Manuella Georget
13
/
08
/
2026
Temps de lecture : x mn

Quels sont les effets de la dyslexie sur la fratrie ? Préservez la place de chaque enfant et repérez les troubles dys des frères et sœurs.
La dyslexie est un trouble du langage et des apprentissages qui ne concerne jamais uniquement l’enfant qui est concerné. Elle influence aussi les relations entre frères et sœurs, les habitudes familiales et la place de chacun au sein de la fratrie. À cette dynamique familiale s’ajoute le caractère héréditaire de la dyslexie. Huit fois sur dix, un parent dys a un ou plusieurs enfants touchés. En pratique, la dyslexie et la fratrie soulèvent deux préoccupations. La première consiste à préserver un équilibre pour que chacun trouve sa place, dys ou non. La seconde est de rester attentif aux frères et sœurs qui peuvent aussi présenter un trouble du neurodéveloppement.
Si la dyslexie impacte directement l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, sa prise en charge a des répercussions qui dépassent les murs de l’école. Les rendez-vous chez l’orthophoniste ou encore les démarches administratives ne sont que la partie émergée de cet iceberg. L’attention demandée a aussi des répercussions sur les relations dans la fratrie.
Pris dans le tourbillon des rendez-vous à l’école ou chez l’orthophoniste, les parents d’un enfant dys ont souvent l’impression de ne jamais être à la hauteur. Ils s’en veulent de ne pas pouvoir aider davantage leur enfant ou de n’avoir pas su détecter plus tôt les premiers signes de dyslexie. Et ils s’en veulent aussi de ne pas maintenir un juste équilibre entre la gestion des troubles dys et leur vie de famille.
Ils aimeraient être plus présents pour chacun de leurs enfants tout en tenant le rythme parfois infernal imposé par le suivi. Seulement, leur emploi du temps n’est pas extensible et leur énergie non plus. Et comme un enfant en difficulté demande plus d’attention, que ce soit pour faire ses devoirs ou être rassuré, ils se sentent débordés. Sans compter que cette charge mentale repose à 82 % sur un seul parent, le plus souvent la mère (enquête de Poppins et de la Fédération française des dys [FFDys] de 2024).
De l’autre côté, il y a les frères et sœurs. Ils voient bien les souffrances et comprennent qu’il y a des priorités. Alors, du mieux qu’ils peuvent, ils aident. Parfois, ils sont même témoins ou dépositaires de la détresse de leur parent, surtout dans les familles monoparentales.
Chez certains, cette implication dépasse les petits gestes du quotidien. En psychologie, on parle de parentification lorsqu’un enfant absorbe des responsabilités d’adulte. Il peut s’agir de parentification émotionnelle, lorsqu’il devient le confident de son parent. Ou bien de parentification instrumentale lorsqu’il effectue des tâches domestiques pour soulager le quotidien.
Depuis quelques années, on voit passer sur les réseaux sociaux une expression populaire, le syndrome de la sœur aînée. Elle décrit une forme de sur-responsabilisation qui incombe à certains enfants de la fratrie, garçon ou fille.
Fréquemment, les frères et sœurs adoptent des comportements en réaction aux difficultés vécues à la maison. Par exemple, ils veulent surprotéger l’autre. Ou ils compensent et font de leur mieux pour que, adulte comme enfant, se sentent mieux, quitte à s’effacer un peu.
Certains redoublent également d’efforts pour devenir « l’enfant parfait ». Soit pour ne pas faire de vagues en évitant de créer de nouvelles tensions. Soit pour se distinguer et exister autrement aux yeux des adultes.
Il arrive aussi que les émotions entrent en ébullition au sein de la fratrie : colère, jalousie, sentiment d’injustice avec repli sur soi ou opposition. L’invisibilité des frères et sœurs connaît donc deux écueils :
Des observations cliniques faites sur des jumeaux monozygotes ont montré que les troubles du neurodéveloppement ont une forte part d’hérédité. Dans 40 à 60 % des cas, un enfant dys a un frère ou une sœur qui est aussi concerné. C’est le cas de Laëtitia, maman solo de deux enfants dys, Idriss et Mila.
Idriss a d’importantes difficultés pour s’exprimer, lire, écrire et coordonner ses gestes. Il est multidys. Laëtitia s’est très vite inquiétée et s’est lancée dans un long parcours, avec l’école et les professionnels. Mila, elle, peine à bien mémoriser les apprentissages, mais rien de comparable avec son frère. Alors, malgré toute l’attention de cette maman, les problèmes d’Idriss ont masqué ceux de Mila.
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Accorder du temps à chaque enfant ressemble parfois à une promesse impossible à tenir. Comment être sur tous les fronts sans risquer l’épuisement ?
Comprendre les mécanismes de la dyslexie et autres dys, c’est déjà commencer à les prendre en charge. Les parents le font assez naturellement parce qu’ils cherchent à mieux comprendre les besoins de leur enfant. Au fil du parcours de santé, ils découvrent progressivement les mécanismes des troubles dys, les bilans et les différentes prises en charge.
Mais la fratrie a-t-elle compris ce que vit son frère ou sa sœur ? Les proches perçoivent-ils ses difficultés, que ce soit les grands-parents, les oncles et tantes ou même les amis ? Expliquer les troubles dys à son entourage est nécessaire pour équilibrer les relations. Les enfants comprennent avec des mots simples que lire une histoire ou bien écrire les mots est difficiles pour leur frère ou leur sœur.
La littérature de jeunesse fournit de nombreux ouvrages pour aborder le thème de la différence ou du handicap. Les livres sont de bons moyens pour parler de la dyslexie, y compris chez les plus petits.
Tous les parents le savent : il est important d’accorder du temps de qualité à chacun des enfants. Sauf que les obligations prennent le pas sur le reste. Il faut aménager ses horaires de travail, jongler entre les rendez-vous, gérer les crises à la maison ou tenter une nouvelle approche thérapeutique. La charge mentale devient écrasante.
Il ne s’agit donc pas d’ajouter une nouvelle injonction, mais de rester attentif aux instants que l’on accorde à chacun. La qualité du moment prime sur les heures disponibles. Des actions a priori simples entretiennent les relations comme :
Ces temps individuels sont précieux parce qu’ils envoient un signal fort : « ce que tu vis compte pour moi ».
Au fil des mois, les troubles dys finissent par rythmer toute la vie familiale. Les rendez-vous médicaux, les démarches administratives et les échanges avec l’école occupent les journées des parents. Et l’attente d’un bilan ou d’une réponse de la MDPH pour une reconnaissance de handicap monopolise leur énergie.
Gérer les difficultés finit par morceler les moments ensemble. Rapidement, il ne reste plus d’espace pour les temps en famille. Il est donc nécessaire d’organiser des moments partagés toute l’année et pas seulement pendant les vacances. Pas besoin d’organiser de grandes sorties, si elles existent, tant mieux. Les instants simples partagés en famille comptent tout autant :
Et si tout ce que vous mettez en place ne suffit pas ? L’accompagnement d’un psychologue permettra de laisser à chaque enfant un espace de parole. Le dispositif national Mon soutien psy permet, par exemple, de bénéficier de 12 séances d’accompagnement prises en charge à 60 % par l’Assurance Maladie. En dernier recours, la guidance parentale propose des approches particulièrement efficaces avec des bénéfices reconnus.
Ces séances profitent à l’enfant dyslexique, mais aussi à ses frères et sœurs. Parler à une personne extérieure aide à déposer la colère ou la jalousie dans la fratrie sans avoir peur d’être jugé ou de passer pour le « méchant ». Nommer et accueillir leurs émotions désamorcent des tensions et aident chacun à trouver une place plus juste.
Les groupes de parole proposés par les associations sur la dyslexie offrent également un espace d’écoute pour les familles. Elles se sentent entourées, comprises ou encore guidées dans leurs démarches. Adultes comme petits, tout le monde a besoin de se sentir reconnu dans ce qu’il traverse et ce qu’il ressent.
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Une identification précoce d’un trouble du neurodéveloppement permet de proposer plus rapidement les aménagements et les accompagnements nécessaires. Il n’y a pas de difficultés plus importantes que d’autres. Chaque enfant a besoin d’une réponse adaptée à ses besoins et à son fonctionnement.
Les troubles du neurodéveloppement sont à la fois génétiques et héréditaires. Même s’il n’existe pas de gène spécifique, il y a bien des facteurs génétiques impliqués dans la dyslexie. Ils sont héréditaires, parce que, comme le souligne le Dr Michel Habib « la probabilité de survenue de dyslexie est jusqu’à huit fois plus élevée si un des deux parents est lui-même dyslexique, et le risque d’observer un ou plusieurs dyslexiques dans la famille d’un dyslexique est de l’ordre de 60 %. » (Habib M. Dyslexie de développement. EMC — Psychatrie/Pédopsychiatrie 2018 ; 0(0) : 1-12 [Article 37-201-E-10]).
Les études effectuées sur des jumeaux monozygotes et dizygotes estiment que l’héritabilité globale de la dyslexie est entre 40 à 60 %. Par ailleurs, une autre étude menée en 2022 par Else Eising et ses collègues montre qu’un même bagage génétique s’exprimera différemment dans la fratrie. Les troubles sont partagés, mais leurs expressions varient, malgré des fondations génétiques communes.
Diagnostiquer la dyslexie précocement, c’est améliorer la qualité de vie à l’école, mais aussi l’estime de soi de l’enfant. Bien sûr, le manque d’orthophonistes en France implique des listes d’attentes allant de quelques mois à plus d’un an. Néanmoins, avant qu’un bilan soit effectué, le repérage de certains signes de dyslexie permet déjà de mettre en place des aménagements en classe.
Ces manifestations à elles seules ne suffisent pas à poser un diagnostic. Cependant, elles doivent alerter dès lors qu’elles résistent aux aides proposées par la maîtresse ou le maître :
Le chercheur en sciences cognitives Franck Ramus le répète : toute difficulté, même minime, nécessite des aménagements et des aides dès le départ.
Les troubles du neurodéveloppement ont presque autant de points communs que de variantes. C’est un raccourci, certes, qui a pour intérêt d’attirer l’attention sur les spécificités de chaque enfant, en classe ou à la maison.
Différencier les besoins, ce n’est pas faire des différences. Vouloir répondre de la même manière à chacun au nom de l’égalité peut à l’inverse créer des inégalités. Le maître mot reste donc l’équité, c’est-à-dire une manière de répondre à l’enfant en prenant en compte son fonctionnement, ses fragilités tout comme ses points d’appui.
Ce n’est pas simple et ça ressemble parfois à une mission à plein temps. C’est pourquoi, ici aussi, le relais reste nécessaire pour soutenir les actions parentales. Les professionnels de santé apportent justement un éclairage précis sur ce qui fonctionne et ce qui peut être arrêté. L’orthophoniste, le psychomotricien ou le psychologue connaissent les effets de la dyslexie sur la fratrie et la dynamique familiale.
Avoir des frères et sœurs dyslexiques, avec un TDAH ou un autre trouble dys peut être compliqué parfois. Mais c’est aussi une expérience précieuse, car elle permet très tôt de comprendre que toutes et tous, nous n’avons pas les mêmes besoins ni les mêmes talents.
Les enfants qui évoluent dans une famille où la neuroatypie est présente développent souvent une plus forte empathie à l’égard de la différence. Ils considèrent ce qu’ils vivent comme une norme, même si celle-ci est atypique. Plus tard, ils sauront mettre à profit cette expérience dans leur vie d’adulte. Peut-être même se feront-ils le relais en faveur de l’inclusivité.
La dyslexie dans une fratrie pourrait passer pour une semeuse de troubles. Le manque de temps des parents, le sentiment d’invisibilité, la jalousie des uns, la surprotection des autres sont autant de manières de réagir face aux difficultés. Le quotidien des frères et sœurs est soumis au rythme du suivi et parfois même aux priorités qui peuvent rendre leurs propres troubles dys invisibles. La dyslexie transforme parfois l’organisation familiale, mais elle n’empêche pas chaque enfant de trouver sa place. Ce sont l’écoute, l’équité et l’attention portée aux besoins de chacun qui permettent à la fratrie de grandir ensemble, même avec des différences.