S’engager pour un accès aux soins pour tous les enfants dyslexiques

Il y a ce moment, le soir, que tant de familles connaissent parfois. L'enfant est devant son cahier, un mot tout simple lui résiste, encore et encore. On voit le découragement monter dans ses yeux, et l'on se sent souvent un peu démuni.
Pour les parents d'un enfant dyslexique, cette scène se répète, jour après jour. La lecture, qui devrait ouvrir le monde, devient une épreuve. Ni parents ni enfants n’y sont pour rien : la dyslexie concerne 3,5 à 6,6 % des enfants (Ramus et al., 2021, étude épidémiologique de référence en France sur 25 000 élèves). Ce n'est ni un défaut d'intelligence, ni un manque de volonté : c'est un trouble du neurodéveloppement, qui se prend en charge d'autant mieux qu'on le prend tôt, avec régularité.
Mais voilà : trouver un orthophoniste relève trop souvent du parcours du combattant. Les délais d'attente atteignent parfois deux ans, et tout dépend de l'endroit où l'on vit.
L'enquête que nous avons menée en 2025 avec la Fédération française des Dys, auprès de plus de mille familles, l'a confirmé sans détour : près de six familles sur dix trouvent insuffisant l’accès à la prise en charge pour leur enfant.
Pendant ce temps, l'enfant grandit, perd confiance, et l'écart se creuse. Ce qui pèse, ce ne sont pas seulement les difficultés de lecture, mais ce qu'elles entraînent : l'estime de soi qui s'effrite, les devoirs qui virent au conflit, l'envie d'apprendre qui s'émousse. À l'inverse, lorsque l'accompagnement arrive tôt et qu'il est suffisant, les parents observent non seulement des progrès scolaires, mais une confiance retrouvée. C'est cette confiance, autant que la lecture elle-même, qui est en jeu pour que ces enfants s’épanouissent et prennent toute leur place au sein de la société.
C'est précisément pour ces familles qu’après sept ans de recherches, nous avons créé Poppins pour faciliter l’accès aux soins aux enfants dyslexiques. Il ne s’agit pas d’une application de jeu comme les autres, et ce n'est pas non plus une « appli miracle ». C'est un dispositif médical, reconnu comme tel, désormais pris en charge par la Sécurité sociale. Sous la forme d'un jeu vidéo pensé pour les enfants de 7 à 11 ans, il propose chaque jour vingt minutes d'exercices amusants à la maison, toujours au service d’un parcours de soin.
Poppins ne remplace personne, il peut soutenir l’amélioration de la lecture des enfants dans l’attente d’un premier rendez-vous. Une fois démarré le suivi, il prolonge, entre deux séances, le travail du professionnel. Et parce qu'il est désormais remboursé sur prescription, il devient accessible à toutes les familles, quels que soient leurs moyens, car aucun parent ne devrait avoir à choisir entre le budget du foyer et les progrès de son enfant.
Aucun écran ne remplacera jamais un professionnel de santé, ni l'attention d'un parent.
L'orthophoniste évalue et accompagne, ce qu'aucune machine ne sait faire. Mais un cabinet ne peut pas recevoir un enfant tous les jours, alors que la rééducation, pour porter ses fruits, demande de l’intensité et de la régularité. Poppins les apporte là où elles manquent, et redonne au professionnel du temps pour ce qui compte vraiment, le diagnostic, la relation thérapeutique personnalisée et le retour de la confiance. Loin d’appauvrir le soin, le numérique lui offre un espace supplémentaire.
Comme vous, nous nous sommes posé la question des écrans. Oui, trop d'écran est nocif pour les enfants. Mais tous les usages ne se valent pas. Les académies de médecine et de sciences l'ont rappelé : ce qui inquiète, ce n'est pas un jeu sérieux, encadré, pratiqué sur de courtes durées. Vingt minutes par jour, avec un système qui empêche tout dépassement, n'ont rien à voir avec des heures passées à « scroller ». Entre subir un écran et s'en servir pour soigner, il y a un monde. Et malgré les idées reçues, ce ne sont pas les écrans qui rendent les enfants dyslexiques. Ce trouble existe dès la naissance et tient à de multiples facteurs.
Venons-en aux preuves. Poppins a été conçu avec les équipes de grands hôpitaux (la Pitié-Salpêtrière, Necker-Enfants malades, La Timone) et testé auprès de milliers d'enfants.
Notre dernière étude, menée auprès de 306 enfants partout en France, montre que ceux qui utilisent Poppins en complément de l’orthophonie progressent davantage en fluidité de lecture que les autres.
Ce sont ces preuves, et elles seules, qui ont convaincu les autorités de santé. C’est une chance de plus offerte à des dizaines de milliers d’enfants, à celles et ceux qui les prennent en charge, quels que soient leurs moyens et leur lieu de résidence.
Nous mesurons la responsabilité qui est la nôtre en tant que tout premier dispositif médical numérique à visée thérapeutique remboursé par la voie d’une prise en charge anticipée (PECAN). Parce que d’autres suivront, nous nous imposons le plus haut niveau de preuves et une éthique médicale irréprochable : la seule façon de s’inscrire dans la chaîne de soin avec la confiance des institutions et des professionnels de santé.
Nous ne prétendons pas tout résoudre. Chaque enfant est différent, et le chemin reste celui d'une famille, d'un professionnel de santé et d'un enfant qui avancent ensemble, un chemin sur lequel nous accompagnons aussi les parents pour les alléger, aux côtés de la Fédération française des Dys. Mais nous croyons à une idée simple : aujourd’hui, les progrès du numérique peuvent démultiplier les bienfaits des séances chez l’orthophoniste. C'est cette conviction qui nous fait avancer, pour que chaque enfant retrouve chaque jour le plaisir de lire et, avec lui, un peu de confiance en soi.
Pour qu'au bout du compte, l'enfant progresse et que la famille respire.
François Vonthron et Antoine Yuen, cofondateurs de Poppins.
1- Enquête « Les conséquences d'une prise en charge insuffisante des troubles dys », FFDys & Poppins, 2025, 1 084 répondants (dont 900 familles d'enfants)